Affichage des articles dont le libellé est cinéma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cinéma. Afficher tous les articles

samedi 28 mars 2015

Entretiens avec Tim Burton


Auteurs: Mark Salisbury, Tim Burton, Johnny Depp.
Maison d'édition française: Points
Date de publication: 2012
Nombre de pages: 394


Une série d'entretiens entre Tim Burton et le journaliste Mark Salisbury. Burton revient sur sa vie, ses débuts et sa fructueuse carrière.

Il y a peu à dire sur Mark Salisbury. C'est un journaliste britannique spécialisé dans le cinéma qui a écrit, entre autres, sur Elysium de Neil Blomkamp.

Concernant Tim Burton, c'est une autre histoire. Né en 1958 à Burbank en Californie (lieu où se trouvent nombre de studios de cinéma et véritable antichambre d'Hollywood), il grandit en regardant les films de la Hammer, les Kaijus eigas japonais et se trouve une fascination pour Vincent Price. Introverti, il dessine et réalise ses premiers films, nourrissant un énorme univers intérieur. Cet univers est bien connu des cinéphiles du monde entier tant il a su marqué la pop culture avec des figures et des œuvres iconiques (on ne va pas les citer, si vous êtes là vous voyez de quoi je parle). C'est cet univers intérieur que Salisbury cartographie avec le renfort bienvenu du maître des lieux. 


Le livre se compose de courts chapitres se focalisant sur un film ou une période de sa vie (son enfance, sa collaboration étrange avec Disney...) dans l'ordre chronologique. Le découpage apporte un bon rythme au livre. Ce dernier est massivement illustré par de multiples dessins et croquis préparatoires de Burton, parfaitement insérés au milieu des textes. On y découvre toute sa folie et son imagination débridées avec un rendu magnifique. Personnellement, je n'ai que l'édition poche mais l'ouvrage est très bien pensé et imprimé sur du papier d'excellente qualité. On y apprend beaucoup sur les jeunes années du réalisateur culte, sur ses inspirations, ses obsessions. On s'attache d'autant plus à ce drôle de bonhomme introverti qui, s'il n'a pas toujours été au top, est un parangon de sincérité. 

Croquis pour son court-métrage Vincent
Il est à noter que le livre a tardé à sortir en France et avait déjà fait l'objet de plusieurs éditions dans les pays Anglo-Saxon. Chacune étant préfacée par le copain de toujours Johnny Depp. On a droit des anecdotes marrantes et touchantes sur l'amitié et la collaboration qui lie ces deux énergumènes. On apprend beaucoup sur l'envers du décor mais pas forcément beaucoup sur la vie privée de Tim, toujours très discret sur ce point. Batman le Défi est ainsi un des tournages les plus durs de sa carrière, Ed Wood, sa clé de voûte...on est parfois surpris par le point de vue qu'adopte le créateur sur son travail, mais cela enrichira sûrement le votre. Le livre s'arrête au moment de sa parution originale, en 2008 et n'évoque donc sa filmographie que jusqu'à Sweeney Todd.

 
En bref, un joli petit livre, qu'il soit en poche ou grand format, un must pour les fans du gothique aux coupes improbables.

dimanche 14 décembre 2014

World War Z



Auteur: Max Brooks
Maison d'édition française: Calmann-Lévy
Date de publication: 2006 aux USA, 2009 en France
Nombre de pages: 430


Un journaliste est engagé par l'ONU pour recueillir les témoignages de survivants d'un conflit mondial dû à une épidémie. Cette dernière ''réanime'' les morts et en fait créatures pourrissantes et assoiffées de sang...

Max Brooks est, comme son nom l'indique, le fils de Mel Brooks (La Folle Histoire de l'Espace, Frankenstein Jr...). Né en 1972, il est surtout connu pour avoir participé à l'écriture du célèbre late show Saturday Night Live ainsi que pour avoir doublé des personnages dans des séries d'animation (Batman, Justice League). Mais en 2005, les choses changent. Il publie un premier livre en lien avec les zombies, le bien nommé Guide de survie en territoire Zombie. L'année suivante le voit continuer dans la même veine avec l'ouvrage qui nous intéresse: World War Z, qui sera adapté au cinéma en 2013.



Alors, qu'est ce qui différencie World War Z du reste de la production littéraire et culturelle tournant autour de nos amis les morts-vivants? Tout d'abord, sa narration. Le fait de fonctionner comme un recueil d'interview se déroulant après les faits est assez nouveau. Le procédé épistolaire ayant connu son âge d'or au XIXème, il est intéressant de le voir associé à un contexte assez moderne. On suit donc le journaliste à travers le monde, à la rencontre de personnages divers et variés. Responsables politiques, militaires, scientifiques, gens du commun...toute sorte de personnages évoluent dans ces pages. Bien que la majorité soient américains, on voit quand même du pays (Inde, Corée, Canada, France...). Tous ont en commun d'avoir participé au plus grand conflit de l'Histoire humaine, la guerre des zombies. Il n'y a donc pas de héros mais un fil rouge (le journaliste, sur lequel on ne sait pas grand chose) et des personnages lui contant leur histoire. Le fait d'avoir affaire à des témoignages rend l'intrigue extrêmement concrète, les points de vue multiple permettant de donner une sensation de densité étonnante. 


On a clairement affaire à une œuvre qui fourmille de détails et dont le statut oral (inspiré par La Bonne Guerre de Studs Terkel, ouvrage culte Outre-Atlantique) permet d'instaurer un réalisme ahurissant. Brooks a pensé basiquement à a peu près tout. Les détails sont légion, il y a même un petit vocabulaire lié au conflit qui le rend diablement vivant. L'auteur arrive à parfaitement gérer les échelles qui vont de l'individuel au plus épique en étant toujours centré sur l'humain. L'humain qui est, plus encore que les zombies, le cœur du propos. On y voit le pire et meilleur, le plus net et le plus ambigu au sujet des personnages. On parle quand même d'une guerre mondiale avec des zombies, personne ne l'avait jamais fait ça (même Romero, bien que crédité comme source d'inspiration, évidemment) !! On a même un aspect post-apocalyptique puisque le le narrateur évolue dans un monde qui a surmonté la crise, en en sortant complètement changé (la Chine est devenue une démocratie, Cuba est la première puissance mondiale...). Tout sonne vrai, chaque mot, chaque situation, des premiers symptômes de l'épidémie jusqu'à la reconquête progressive du monde en passant par les mouvements de panique. Tout semble être fait pour qu'on y croit, qu'on s'immerge dans le récit sans aucune retenue, tantôt terrifié, tantôt amusé ou révolté...Il y a tant à dire sur chaque chapitre, on pourrait réaliser un film par segment de ce livre!!

Une vue d'artiste d'une bataille décrite dans le livre
En parlant de film...vous aurez sûrement remarqué que je n'ai pas parlé de l'adaptation cinématographique. Plusieurs raisons à ça (c'est un blog sur la littérature, pas le cinéma, pas de temps avec ces conneries...) mais sachez simplement que Brooks a totalement renié le métrage considérant que celui-ci n'avait de commun avec son livre que le titre... Allez, comme je suis de bonne humeur et qu'une image est mieux qu'un long discours:


Le livre a clairement un aspect viscéral et anxiogène très fort qui peut s'expliquer par le contexte dans lequel il a été écrit, très difficile d'après l'auteur (maladie, problèmes familiaux). On le sent clairement et certains passages sont assez durs, pas seulement en termes de gore mais aussi à un niveau plus intime. En effet, les instantanés qu'il nous livre sont assez forts et nous touchent parfois de manière inattendue. A ne pas mettre entre toutes les mains, donc. Mais tout cela est au service d'un sous-propos intéressant, critique des gouvernements et de notre société actuelle, de l'absurdité du monde que nous avons fait nôtre...Et ça fait mouche à de nombreuses reprises.
L'autre ouvrage de Brooks sur le même thème, chaudement recommandé
En conclusion, il s'agit clairement d'une des œuvres les plus inventives du revival zombie que l'on vit (huk huk) depuis une grosse dizaine d'années. Elle mérite clairement son statut culte de par son intelligence et sa capacité à transcender les codes d'un genre très balisé. Un petit chef-d'oeuvre apocalyptique et humain.

dimanche 16 novembre 2014

Les plus grands films que vous ne verrez jamais

 

Titre original:The Greatest Movies You'll Never See
Auteur: Simon Braund
Maison d'édition française: Dunod
Date de publication: 2013 aux USA, 2014 en France.
Nombre de pages: 256

Une histoire des grands films inachevés, jamais tournés, maudits, tombés dans les oubliettes de l'enfer du développement...

Simon Braund est un journaliste anglais vivant à Los Angeles. Il travaillé pour le célèbre magazine de cinéma Empire mais a aussi participé à la rédaction d'autres grands journaux comme l'Observer, le Sunday Times, Q et Time Out.

Le cinéma est un art récent. En a peine deux siècles, il a engendré une somme astronomique d'oeuvres et une vie entière ne suffirait pas à en avoir une vision exhaustive. C'est, pour beaucoup, la forme d'art la plus absolue, alliant musique, arts plastique, théâtre, littérature...pour en faire un tout unique. Dans cette masse au contenu riches d'Histoire(s), certains films sont des fantômes. De véritables légendes qui passent de cinéphiles en cinéphiles, entretenant une aura unique. A tel point que certains finissent par devenir célèbres, ce qui est paradoxal car ils n'ont jamais vus le jour. Superman Lives de Tim Burton, Don Quichotte de Terry Giliam ou encore le Dune d'Alejandro Jodorowsky...ils font partie du paysage pop culturel actuel grâce...à leur absence. Les raisons en sont multiples (problèmes avec les studios, budget, acteurs peu fiables...) les anecdotes sur les tournages et l'élaboration souvent homériques de tels projets ont nourris des générations de fans avides d'informations et ivres de rêves... Ce qui donne à ces vilains petits canards une côte d'amour assez béton auprès des fans. Alors maintenant, imaginez qu'un bonhomme décide un jour de recenser les films inachevés les plus fascinants, les plus méconnus, les plus surprenants et en ait fait un livre! 

Dessin préparatoire de Moebius pour Dune d'Alejandro Jodorowsky
Simon Braund en a sélectionné 50, des années 20 à nos jours et nous raconte les raisons de leur échec, la folie, la passion, le doute qui entourent ces étranges bouts de pellicule. On trouve de tout, vraiment. Suites avortées, remakes foirés, projets tellement tarés qu'on ne se pose pas la question de pourquoi ils n'ont pu arriver à terme. Aux côtés des ''classiques'' susnommés, figurent des choses vraiment surprenantes. Vous saviez que Gladiator devait avoir droit à une suite, tout comme Casablanca (intitulée Brazzaville), oui oui, pourquoi faire des suites de ces deux grands films, j'en sais rien. Que Hayao Miyazaki devait réaliser une version anime de Fifi Brindacier (ça fait baver hein?), l'adaptation sans fin de Halo par Peter Jackson puis Neil Blomkamp ou encore Ridley Scott, 150 projets avortés de Orson Welles (estimation approximative...). Et des fois, on voit des films qui ont muté en cours de route. Par exemple l'angoissant Night Skies qui voit des aliens attaquer une ferme deviendra E.T et ouvrira la porte à Interstellar. Et ça, ce sont les plus petits de la catégorie!! On trouve aussi le monumental Napoléon que Kubrick a tenté de réaliser pendant vingt ans, avec un travail de pré-production et de documentation titanesque.


Quelques affiches choisies
Enfin, je ne vais pas plus loin, histoire de garder un minimum de surprise, mais sachez qu'il y a du beau monde et des visions et idées incroyables dans ce livre. On est par conséquent souvent frustré, même si c'est précisément le caractère inachevé qui rend ces métrages singuliers. Ils restent purs, des fantasmes, des visions, des rêves qui resteront à jamais irréels, et dans une industrie de l'imaginaire comme le cinéma, c'est le summum. Ce n'est donc pas seulement une somme d'anecdotes qui nous est racontée, mais une histoire du cinéma avec un angle d'attaque original. Quoi de mieux que d'étudier ses échecs pour comprendre l'industrie du cinématographique? On apprend énormément de choses sur la carrière d'acteurs et de réalisateurs pourtant fort célèbres et étudiés (Coppola, Tarantino, Leone, Eisenstein...). En lisant ce livre, on se prend à se considérer comme un archéologue qui exumerait quelque vestige.

Le livre est accessible à tous et donc chaudement recommandable tant le style de l'auteur lui permet de traiter de sujets épineux et parfois techniques sans perdre le lecteur. L'ouvrage est richement illustré notamment grâce à un énorme travail de graphistes qui ont crée des affiches imaginaires en tentant compte de l'époque qui font vraiment illusion (on met du temps à réaliser qu'elles ne sont pas réelles). En bref, un vrai travail de recherche qui nous permet d'avoir un regard neuf sur une véritable usine à rêve tout en rendant justice à ces chefs d'oeuvre inaboutis de la plus belle des manières. Un must have pour tous les cinéphiles et les curieux en général.