dimanche 17 avril 2016

Zorn & Dirna


Auteurs: Jean-David Morvan (scénario), Bruno Bessadi (dessin) et Christian Lerolle (couleurs)
Maison d'édition: Soleil Productions
Date de publication: 2001-2012
Nombre de pages: 284

Dans un monde où la mort a disparu, deux enfants qui en ont tous les pouvoirs sont l'objet de toutes les convoitises. Car si les corps ne meurent pas, ils vieillissent et se décomposent...Zorn et sa soeur Dirna sont dès lors le seul espoir de délivrer les hommes de leur douloureuse immortalité.

Les éditions Soleil ont une solide réputation, amplement méritée, dans le milieu de la BD française. Responsable de l'émergence d'un grand nombre de grosses séries (tous ce qui touche au monde de Troy, Universal War One, Les Forêts d'Opale...). Mais, aujourd'hui, on va parler d'une perle peu connue du vaste catalogue de la maison.



Zorn et Dirna est donc une série de fantasy assez sombre en six tomes. On suit donc les aventures de la petite fratrie, qui cherche à utiliser à bon escient ses puissants pouvoirs dans un monde médiéval. Parce qu'un roi obsédé par sa propre fin l'a faite disparaître, la mort n'a plus aucun pouvoir, laissant tout les êtres vivants vieillir et pourrir sans fin. Seul les deux jumeaux peuvent la remplacer, chacun incarnant une facette de la faucheuse. Sur ce postulat de base d'une simplicité limpide, sa cache un univers particulièrement intéressant tant les idées sont poussées dans leurs derniers retranchements. Les champs de bataille se transforment en mouroirs où l'agonie est éternelle, les criminels sont forcés de décapiter les personnes depuis trop longtemps vivantes (ce qui fait que leurs âmes prennent place dans les corps de leurs bourreaux)... Avec un tel scénario, on pourrait s'attendre à un graphisme très ''mature'' et violent...et bien non. Couleurs chatoyantes, légères influences manga et traits rond et chaleureux contrebalancent efficacement la noirceur de cette histoire initiatique très dure et parfois absurde. On va pas trop en dire sur les multiples rebondissements de l'intrigue mais Dirna et son frère vont retrouver leurs parents respectifs de manière surprenante, formant une famille ''décomposée'' (titre du tome 4) et que le groupe ainsi constitué aura fort à faire pour rétablir l'équilibre dans ce monde en perdition.

Christian Lerolle 
Bruno Bessadi
Jean-David Morvan
Le travail de l'équipe sur cette série est excellent. Le scénario est inventif, utilisant admirablement les outils en sa possession, Morvan nous livre au final une histoire intéressante et bien plus profonde qu'il n'y paraît. Il nous offre beaucoup de trouvaille tout en maintenant une cohérence de tous les instants. Pour donner vie à ce monde étrange, Bessadi et Lerolle nous offrent des visuels chatoyants et accrocheurs, qui nous donnent l'impression de lire un livre de contes mis en images. Et c'est finalement ainsi que l'on peut résumer la série. Un long conte, avec ce que cela implique de messages et d'atmosphère effrayante (les multiples niveaux de lecture des ''contes de fées'' étant maintenant bien connus...). Une réflexion intéressante sur l'humain, la vie, la famille...et la mort, bien sûr.

Une série qui gagne à être lue et connue, dont une édition intégrale a été publiée en 2013.

samedi 31 octobre 2015

Les Cauchemars de Lovecraft





Auteur: Horacio Lalia
Maison d'édition: Glénat
Date de publication: 13 novembre 2014
Nombre de pages: 248

Une compilation de récits d'horreur du maître de Providence adaptés au format BD.


 
Horacio Lalia est un dessinateur argentin. Il est surtout connu pour ces adaptations de classiques littéraire d'horreur et fantastique. En vrac: Le chat noir de Poe, Les mystère de Londres de Paul Féval, et Lord Jim du grand Joseph Conrad (le gars qui a inspiré Apocalypse Now au travers de son ouvrage Au cœur des Ténèbres). Concernant Lovecraft, il publiera trois recueil d'histoire de 1998 à 2003: Le Grimoire maudit, Le Manuscrit perdu et La Couleur tombée du Ciel. Ils sont regroupé dans le bon gros omnibus qui nous intéresse aujourd'hui.




Coucou
Présenter Howard Philips Lovecraft me paraît nécessaire à ce stade. Né en 1890 à Providence, Rhode Island et mort en 1937 dans la même ville, il sera d'après Stephen King, un de ces plus fervents admirateurs, ''le plus grand artisan du récit classique d'horreur du XXeme siècle''. Homme étrange, pétri de contradictions (peur de l'étranger mais fascination pour l'exotisme, entre autre bizarreries intellectuelles) il fera de la littérature un vecteur d'une imagination malade, morbide et d'une inventivité spectaculaire. En 1925, il écrit le premier récit fondateur d'un mythe moderne, L'Appel de Cthulhu. A grands coup de sectes dégénérées, de scientifiques médusés et de créatures pleines de tentacules et de livres emplis de secrets innommables, il invente un bestiaire emblématique en un seul coup. Le début d'une série de récits tous plus incroyables et effrayants les uns que les autres.( L'Abomination de Dunwich, Le Cauchemar d'Innsmouth...) son œuvre ne se résume pas à ça puisqu'il fut plume-louée pour de nombreux auteurs, poète et journaliste.  Poète de la folie et de la terreur cosmique, raciste et homme du monde tout à la fois, il meurt dans la pauvreté, le dénuement et la solitude. Si il ne connaît pas de succès public de son vivant, il accédera à une immense notoriété post-mortem. Son influence sur le monde de l'horreur, de la SF, du fantastique et, disons-le simplement, de la culture populaire est impossible à mesurer (Del Toro rêve d'adapter ses Montagnes Hallucinées sur grand écran, on croise les doigts!!). Du cinéma à la littérature en passant par le jeu vidéo, on ne compte plus les créateurs qui ont fat référence au reclus de Providence, nourrissant leur travail des visions horriblement dantesques de Lovecraft...


C'est donc sur une version ''BD'' que nous nous penchons aujourd'hui. Avec 18 récits au compteur, le sommaire de cet épais tome noir est assez conséquent. On a droit aux bons gros classiques des familles (L'Appel, L'Abomination, La Couleur tombée du Ciel,Je Suis d'Ailleurs) et d'autres moins connus (Les Rats dans les murs...) Un sélection éclectique qui permet d'avoir un bel aperçu de l'univers Lovecraftien. Ayant découvert le bonhomme au travers de ces adaptations en BD, je les conseille fortement. Le style visuel se prête bien aux intrigues. Noir et blanc incisif, trait précis et tendance baroque donne de la profondeur au monde qui nous est lancé en travers de la figure. Une superbe introduction aux travaux d'HPL dans une édition luxueuse (le petit sélecteur de pages noir fait son effet et est bien pratique). Si vous voulez prolonger l'odyssée dessinée des terres méphitiques des Grands Anciens, vous pouvez aussi jeter un œil au splendide volume d'Alberto Breccia, au style très différent de compatriote. Un must pour les fans de Cthulhu et ses amis, et une bonne façon de rentrer dans la secte des adorateurs... Une saine lecture pour ce jour particulier...